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          Par/Pr. Ali KOUADRIA

   Recteur de l'Université 20 Août 1955 Skikda

 

 

Nous aborderons dans cette communication la part des représentations sociales dans la construction du phénomène raciste et l’analyse de la production spécifique du discours colonial porteur de racisme. Nous ferons référence au système de production d’idéologie porteuse de relation inter-communautés, avec ce qu’elle véhicule de catégorisation, d’identité culturelle, ethnique, sociale, de préjugés, de stéréotypes, etc. Le Colonisé, l’Arabe, l’Algérien, l’Indigène, cet Autre, qu’il s’agisse d’un individu ou d’un groupe défini par son appartenance à une catégorie socialement soumise au joug colonial. L’Autre est décrit comme une entité barbare, sauvage, faisant l’objet d’une perception discursive, sociocognitive ou comportementale. Perception  sur laquelle se construisent les affects dont la forme obsessionnelle et irrationnelle conduit à l’élaboration de stéréotypes définissant aussi bien les cibles que les porteurs du racisme. Cette combinaison de pratiques, de discours, de représentations, de stéréotypes affectifs va rendre compte tout à la fois de la formation d’une «communauté de racistes» entre lesquels existent des liens d’imitation et la contrainte qui amène les victimes du racisme à se percevoir, par effet de miroir, comme «communautés racistes» Denise Jodelet (1), «Formes et figures de l’altérité» (2005)

 

La relation entre l’évènement et les réactions de l’opinion fournissent une grande partie de la substance imaginaire du réel. Aussi, les mécanismes de reproduction des représentations sociales reposent sur un enjeu de miroir qui reflète les images mémorisées. C’est ainsi que l’analyse de la construction d’un « racisme autoréférentiel », dont les termes établissent la supériorité hiérarchique du raciste qui est détenteur du pouvoir de domination et dont on assigne aux victimes une place inférieure et une image dévalorisante. . Frantz Fanon (2), soulignait que : « Le racisme n'est pas un tout mais l'élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d'une structure donnée ». D’où l'importance d’appréhender les engrenages et les phénomènes d’ancrage du racisme dans l’imaginaire des groupes sociaux.

Partant de ce postulat, il serait difficile d'exhumer l'ensemble des matériaux empiriques à partir desquels s’est formée l’image de la représentation sociale de l’algérien et de sa catégorisation sous l’empire colonial. Néanmoins, nous nous attacherons, à analyser quelques écrits qui ont été l’étendard du racisme de production de l’image de l’indigène dans le discours colonial. Fabriquée par les mécanismes de l’idéologie dominante, décrite, saisie avec d'innombrables déclinaisons. Elle est  mise à consommation aussi bien dans les manuels scolaires que dans la littérature  coloniale en passant par les médias.

Comment l'mage de l’algérien s’est-elle construite lors de la colonisation française ?

Quels sont les facteurs qui ont influencés sa construction?

Qu’elles sont les pratiques d’intériorisations de la représentation sociale de l’image et de son ancrage dans l’imaginaire social ?

Mystification culturelle et volonté idéologique de soumission du colonisé.

Dans un mouvement d’hégémonie et de spoliation historiques d’une ampleur inédite, l’empire colonial français façonnait, en Algérie, un mythe qui véhiculait l’idéologie de mystification anthropologique de la personnalité de base de l’algérien. Idéologie qui n’avait d’objectif que de distiller sciemment une image  dévalorisante de l’algérien aux fins de le dominer et de le domestiquer pour l’amener à une soumission servile. Il faillait donc le représenter dans une image « de primitif » marqué par une altérité négative. Frantz Fanon(3), écrivait : «  Le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage(…) qui fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, aux pullulements, aux grouillements, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire »

La production de clichés d’une altérité négative prenait place dès les premières années de la colonisation appuyée par un discours raciste estampillé « scientifique » ou « labellisé par les grands esprits »  dans la littérature et dans les manuels scolaires comme toile de fond de la conquête coloniale. D’un côté le savoir, la civilisation, le bon sens et la bonne conscience. De l’autre, l’étrange, le barbare, le fourbe, le fainéant, le débile hystérique, le  hâbleur, le  menteur, le voleur etc. Cet indigène, qui constituait sans aucun doute l’objet le plus ciblé de la construction des préjugés dans l’imaginaire colonial. C’est à ce titre que F. Fanon(4) « écrivait : «  le colonialisme se bat pour renforcer sa domination et l'exploitation humaine et économique. Il se bat aussi pour maintenir identiques l'image qu'il a de l'Algérien et l'image dépréciée que l'Algérien avait de lui-même ».

L'indigène primitif(*)[1], sauvage, mais nécessaire à la colonisation en tant que main d’œuvre. On lui décrivait une figure de l’animalité marquée par la sauvagerie et la violence : « sauvagerie, bestialité, goût du sang, fétichisme obscurantiste, bêtise atavique - est accréditant l’idée d’une sous-humanité stagnante, humanité des confins coloniaux, à la frontière de l’humanité et de l’animalité »  (5). Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Laurent Gervereau, Images et colonies, Achac-BDIC. Image de l’autre renfermé dans son « primitivisme » sauvage est largement diffusée en Algérie mais également en métropole. Elle permettait, à travers des récits mythiques, la construction d’une grille de lecture qui ramène l’algérien/indigène à sa condition de colonisé.

Le  discours de catégorisation permettait l’émergence de la représentation de l’algérien comme figure d’animalité saisie sporadiquement par des excès de sauvagerie. A l’inverse, on présentait le colon comme l’être évolué porteur de toute une civilisation occidentale et de valeurs propres à la France qui lui confère une supériorité qui légitime, après coup, sa présence en Algérie.  « C’est la civilisation qui marche contre la barbarie », écrivait en 1841 Victor HUGO (6) à propos de la colonisation de l’Algérie. « C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit ». (in Priollaud. N, La France colonisatrice, Paris, ed Levi-Messinger, 1983).

La colonisation de l’Algérie se présentait comme un acte généreux d’une nation civilisée à destination d’un peuple qualifié de sauvage et de primitif. Constituant ainsi un véritable mythe de l’image de l’algérien dans l’imaginaire colonial. Image dogmatique, image instituée, image véhiculée dans les manuels scolaires ne peut être que « vrai ». Pénétrant progressivement la représentation sociale, le sens et la sensibilité commune. Elle produisait ses effets d’inculcation à tous les niveaux, même celui de la représentation sociale que se fait l’algérien de lui-même.

L’anthropologie au service de l’idéologie coloniale.

Pour mieux appréhender la mise en place de l’imaginaire sur le colonisé qui ne le représente pas dans la vérité mais exclusivement dans celle du pouvoir colonial, nous abordons une lecture de certaines thèses d’anthropologie, d’ethno psychiatrie et d’historiographie. Lecture qui permettra de mieux comprendre comment s’articule les ressorts (in)conscients de l’idéologie coloniale, et de la mise en scène d’un mouvement de classification anthropologique(*) [2]et ethno-psychiatrique  qui justifiait la colonisation, en établissant  une hiérarchie de l’humanité.

L’histoire de la psychiatrie en Algérie est marquée par le développement de la théorie « savante » du primitivisme de l’indigène maghrébin. Théorie qui voulait justifier la domination coloniale avec toutes ses implications dans l’acte de soumettre un peuple à un autre par la « preuve scientifique ». Elle a connu, sous la direction d’Antoine POROT(7) (1876-1965) et ses élèves, une manifestation emblématique qui donnait une hiérarchie de l’humanité. L’algérien, et le maghrébin de manière générale, était placé à mis chemin entre l’homme primitif et l’occidental évolué. Leur thèse était que le maghrébin, étant dépourvu de lobe préfrontal, n’a pas de ligne de conduite morale, n’a pas d’intelligence abstraite, n’a pas de conscience individuelle et encore moins de personnalité.

Généralisant cette thèse à partir d’apriori, sur le "fatalisme", le "puérilisme mental" (naïf enfantin), l’absence d’"appétit scientifique", l’"immodération" (dépasse la mesure), la "suggestibilité" (soumis facilement aux suggestions), la soumission aux "instincts", A. POROT publiait en 1918 ses Notes de psychiatrie Musulmane (8). Sa thèse, très tendancieuse, définissait le maghrébin musulman comme : «comme un débile hystérique, sujet de surcroît, à des impulsions homicides imprévisibles». Il lui colle le stigmate de « Hâbleur (fanfaron), menteur, voleur et fainéant ».

En 1932, A. POROT, accentuant son racisme et sa haine de l’algérien, il développait sa théorie qui soutenait la thèse de « l’impulsivité criminelle chez l’algérien » (9). Il affirmait que le cortex cérébral de celui-ci est peu évolué, c’est : « un être primitif dont la vie est essentiellement végétative et instinctive est surtout dominée, comme chez les vertébrés inférieurs, par l’activité du diencéphale ». L’Arabe, affirme-t-il  est : « “fourbe”, “sodomite” et “nyctalope” ».

Cette école d’Alger s’est consacrée, pendant près d’un siècle, à élaborer une théorie, au service de la colonisation, sur « le comportement et la mentalité du maghrébin colonisé.  La «preuve scientifique » au service de la colonisation construisait une image de l’algérien : « primitif profondément ignorant, crédule et incapable, selon A. POROT(10), d’assumer des activités supérieures de nature morale et intellectuelle ». La mentalité du maghrébin serait donc structurellement différente de la mentalité européenne ?

Henri Aubin(11), élève de Porot, notait que les indigènes Nord-Africains,(*) : « Par manque de curiosité intellectuelle, la crédulité et la suggestibilité atteignent un degré très élevé (…). » Après avoir souligné leur potentiel meurtrier, Aubin ajoute « Le même fatalisme aggrave l’inappétence native des non-civilisés pour le travail, leur aboulie, leurs caprices, leur impulsivité », soulignant là encore « le manque de soin et de logique dans les activités professionnelles, la tendance au mensonge, à l’insolence (…). »

Ces différentes facettes de l’image de l’algérien constituaient une mise en scène de la relation morale, socioculturelle et socioéconomique des algériens et du colon, mais aussi des arabes musulmans et des européens chrétiens. Elle va marquer durablement la production de stéréotypes raciaux qui accentueront  l’altérité en la rendant presque monstrueuse.[3]

Lorsque Frantz Fanon désigné médecin chef de l’hôpital de Blida prenait connaissance la doctrine du « primitivisme » (**) théorie des travaux de POROT est ses élèves, il constatait, de premier abord,  que ces travaux passaient sous silence les profonds bouleversements que la conquête coloniale avait occasionnée à la société algérienne. Travaux qui se caractérisaient par l’absence totale à la moindre référence du milieu socioculturel qui a subit de très graves perturbations et préjudices causés par la colonisation.  F. Fanon  allait remettre en cause cette théorie pseudo-scientifique en mettant l’accent, au contraire, sur les effets produits dans les consciences par la situation coloniale et la dépersonnalisation qu’elle entraîne.

Le racisme biologique a cédé la place, analyse-t-il, à un racisme culturel. Ce n’est plus la couleur de la peau ou la forme du nez qui sont stigmatisées, mais « une certaine forme d’exister ». Tout au long de son œuvre F. Fanon va s’attacher à donner une autre image de l’homme colonisé, celle d’un homme infantilisé, opprimé, rejeté, déshumanisé, acculturé, aliéné ... Le projet délibéré des colons et des pouvoirs publics est, selon Fanon, de figer la société indigène dans des structures archaïques dont l’absence d’évolutivité serait le meilleur garant de la domination française.

Son engagement pour la révolution algérienne entrainait son interdiction de séjour en Algérie il rejoignait les rangs du FLN pour poursuivre son activité médicale et politique. Il devait décéder des suites d’une leucémie en 1961, à l’âge de 36 ans.

Les conceptions des thèses, de A. POROT et ses élèves, rejoignent celle de l’historiographie coloniale pour laquelle l’algérien, et le maghrébin de manière générale, est considéré: de traînard, des races blanches de la méditerranée, resté loin en arrière » et qui  fait partie « des races condamnées à s’éteindre » (12).

Représentation sociale de l’autre et altérité négative au service de la mission civilisatrice

 

En parallèle à la thèse développée par l’école de psychiatrie d’Alger, on retrouve  de la  littérature, reliée par les médias et les manuels scolaires, où le lecteur peut découvrir les écrits qui mettent en évidence représentation sociale de l’autre et altérité, en affirmant l’inégalité culturelle et l’existence d’une prétendue différence inaltérable entre l’algérien et le colonisateur.

 

Nous avons choisi les écrits. Ernest Mercier* (1820-1907) (13). Abordant le code d’indigénat dans son livre (la question indigène en Algérie au commencement du XXe siècle l’Harmattan), E. Mercier souligne qu’il y avait en Algérie deux catégories de citoyens : « les citoyens français et les sujets français ». Les citoyens (colons) avaient tous les droits et les sujets (colonisés) devaient s’accommoder de tous les devoirs puisque le code de l’indigénat les spoliait purement et simplement de leurs biens mais aussi de leurs droits et de leur liberté.

 

En excluant toute morale dans le comportement socioculturel de l’algérien Mercier écrivait que « ses indigènes » doivent êtres maintenus dans une dépendance  et un état de domination continu. Car dit-il  que : « l’insécurité, le vol et le brigandage est un héritage des siècles en Algérie". Soulignant, qu’en cas même d’un léger écart de conduite de « ses indigènes », comme il se plait à le souligner. Ils doivent être soumis à la sanction collective conformément à la l’ordonnance de Bugeaud. Celle-ci mentionnait la responsabilité collective des tribus. Faisant abstraction de la misère et la souffrance des algériens dépossédés de tout. L’auteur considérait que les indigènes demeuraient des enfants dangereux et que pour les mater, il fallait les soumettre sans ménagement à l’application stricte d’une justice sévère.

 

Soulignant  son racisme le plus méprisant et l’idéologie la plus dégradante de l’image opinion de l’algérien, E. Mercier (14), plonge dans une absence de discernement qui le conduit à écrire: « Nos indigènes ont besoin d'être gouvernés ; ce sont de grands enfants incapables de se conduire seuls. Il faut les mener fermement, ne supporter d'eux aucune incartade et mater les intrigants et les agents de démoralisation ; en même temps, il faut les protéger, les guider paternellement, les aider et surtout reconquérir notre influence sur eux par l'exemple constant de notre supériorité morale ». Tout en défendait le discours du parfait colonialiste qui donne plus de consistance à la soumission sans réserve des indigènes. Il manifeste un paternalisme funeste qui couve  l’image/opinion* selon laquelle « l’indigène algérien » est un «pupille». Ce qui laisse supposer que le «peuple occupant» daigne mettre sous sa « généreuse » tutelle un « p1euple » orphelin. L’algérien apparaissait en tant que mineur c’est l’axiome sur lequel s’est construit le discours de mission civilisatrice de la France en Algérie.

Elaboration de l’imaginaire colonial d’une mission civilisatrice

A partir des écrits de l’auteur se dégage la volonté délibérée d’élaborer l’imaginaire colonial d’une mission civilisatrice de la France en Algérie. Où  le «peuple» colonisé est mis en représentation de telle sorte qu’il apparaisse en tant que mineur. N’ayant pas atteint l’âge de la majorité civique et ne pouvant pas se gouverner, il fallait donc le dominer pour le protéger contre son auto-gouvernance et surtout l’amener à se soumettre à l’influence française pour corriger l’absence de conduite morale chez l’indigène musulman ce qui amenait l’auteur(15), à écrire : « après avoir rempli ses devoirs religieux, en accomplissant des actes de pure forme le musulman se laisse vivre(…) il n’a pas de ligne de conduite morale, pas de conscience individuelle ; c’est pourquoi il se refuse l’étonnement et ne cherche pas à comprendre ; c’est pourquoi il ne tire pas de conclusion morale des faits dont il est témoin » (*)[4]

Abordant la conduite morale de l’algérien, l’ex maire(16), de Constantine ne s’embarrassait pas de qualificatifs en affirmant la légitimation du système colonial en présence d’un peuple primitif dont affirme-t-il que le mensonge est sa source principale de conduite en société. Il écrivait, à ce propos, que chez l’algérien : « le mensonge n’est réfréné par aucune règle. Ce grand défaut devenu une seconde nature, le mensonge. Incapables d’apprécier les faits, et par la suite de les définir dans leur esprit, ils en arrivent, même malgré eux, à ne pas savoir où la réalité finit, où commence l’erreur. C’est pourquoi, en voulant dire la vérité, ils mentent encore.  Jamais leur langage n’est guidé par la vérité pure. C’est pourquoi aucune entente morale n’est possible entre eux et nous ? Pour modifier cet ingénium, il faut des siècles de contact ».

E. Mercier contribuait à infantiliser l’image/opinion de l’algérien, il lui décrit une conduite immorale chargée  d’attributs essentiels de sous humanité. Parlant du caractère indigène, à son tour G. Maupassant (17), écrivait en 1889 que : « un des signes les plus surprenants et les plus compréhensibles du caractère indigène est le mensonge. Ces hommes sont menteurs dans les moelles au point que jamais on ne peut se fier à leurs dires. Est-ce à leur religion qu'ils doivent cela ? Je l'ignore. Il faut avoir vécu parmi eux pour savoir combien le mensonge fait partie de leur être, de leur cœur, de leur âme, est devenue chez-eux une seconde nature, une nécessité de la vie ».

A l'image des bêtes sauvages, l'Autre est cet être fourbe et violent et qui n'hésite pas à manier la force et la brutalité au moment où la France accordait ses faveurs à gouverner un peuple barbare pour l’amener à la lumière et la civilité. Cette opinion se confirme dans l'image que donne Victor Hugo (18), dans les "Orientales" de l'Emir Abdel Kader, personnage héroïque et légendaire de la résistance algérienne face à la colonisation française, et "l'émir pensif, féroce et doux (….), sombre et fatal personnage (…), bondissant, ivre de carnage (….), rêveur mystérieux, assis sur des têtes coupées, contemplait la beauté des cieux ".

Fondée sur un discours d’idéologique raciste légitimant « la mission civilisatrice de la France » .Les écrits de Mercier, autant que les propos de Maupassant ou encore le poème de V. Hugo vont contribuer à l'émergence de différentes images qui oscillent entre l’enfantillage, l’immoralité, traitrise, la soumission et la sauvagerie. Images contribuaient à rassurer le colon sur la supériorité de sa civilisation et sa race.

La constitution de l’altérité radicale dans l’imaginaire colonial

Le caractère raciste de ces élaborations de l'imaginaire faisant alterner les vertus des colons et l’inventaire de tares de  l’identité culturelle de l’autochtone. Discours qui n'en est pas moins le plus souvent celui de la construction de l’altérité radicale qui trouve son expression idéal-typique et extrême dans le racisme qu’il convient de considérer comme un fait social, dans la mesure où il s’inscrit à la fois dans des pratiques et des discours, suppose des représentations, une théorisation et une organisation d’affects comme le souligne Denise JODELET (19), “Formes et figures de l’altérité.” (2005).

 

Images/opinions  auraient pour caractère d’être des élaborations intellectuelles d’un fantasme de prophylaxie. Allant jusqu’à supposer que les croyances religieuses et les mœurs arriérées des indigènes bloqueraient tout effort d’instruction et d’élévation des âmes, rendant ainsi toute émancipation impossible. Représentants l’arabe/musulman  sous la figure d’un être incapable, en dévalorisant l’essence même de sa culture. Non seulement, il ne pourra pas atteindre l’émancipation et encore moins l’indépendance, mais il est incapable de réaliser un travail rationnel.  « Tout travail produit par un arabe est à refaire. Travail bâclé, mal fait, exécuté négligemment ». Voila une image/opinion  qui trouve l’ancrage de sa représentation sociale dans l’imaginaire colonial. Faisant abstraction de la qualité et la beauté qui étaient le symbole du travail arabe pour ne citer que le bel exemple, parmi tant d’autres, de l'Alhambra de Grenade, construit par le génie arabe en Espagne.

Conclusion

Le discours de l’idéologie coloniale mettait l’accent sur la nécessité de renforcer la soumission des colonisés et protéger les intérêts des occidentaux de toute velléité autochtone à partager les richesses du pays. Au plan des pratiques, les algériens ont connu, pendant la longue période de colonisation, toutes formes de violence, de mépris, d’intolérance, d’humiliation, d’exploitation, d’exclusion.

De fait, l’imaginaire colonial était alimenté également par un certain nombre de réflexes iconiques. Par exemple, l’arabe musulman et l’européen chrétien sont des signes à part, des pôles de référence dans les mécanismes d’appartenance raciale et religieuse. Ils forment  un ensemble de codes et  de repères spécifiques. L’arabe musulman symbolise le négatif et le mal tandis que l’européen chrétien représente le positif et le bien. Ce code de lecture se retrouve de toute évidence dans la propagande iconique qui accompagnait l’époque coloniale et c’est tout naturellement que la relation colon chrétien /algérien musulman s’intègre dans le mécanisme opinion/imagé. En conclusion, il n’échappe à personne que les véritable héros de la révolution algérienne, ont été tout simplement considérés comme des FELLAGAS, c'est-à-dire les bandits de grands chemins, pourfendeurs ou casseurs de têtes. On retrouve dans le langage péjoratif des colons, que le moudjahid « combattant pour l’indépendance » est synonyme de « fellouze »,c'est-à-dire « rebelle », « terroriste » ou « assassin ».

Bitat, Ben Boulaid, Didouche , Boudiaf , Krim, Benm’hid

        

 
Bibliographie.

(1),Denise Jodelet,  “Formes et figures de l’altérité.” (2005),

(1), Frantz Fanon Pour la révolution africaine, éd. La Découverte poche, 2001

(2) Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre (1961), éd. La Découverte poche, 2002),

(3) Frantz. Fanon, op cité

(4) Frantz. Fanon, op cité

(5). Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Laurent Gervereau, Images et colonies, Achac-BDIC.

(6). Victor HUGO in Priollaud. N, La France colonisatrice, Paris, ed Levi-Messinger, 1983.

(7)  Antoine POROT, psychiatre, médecin chef de l’hôpital psychiatrique de Blida P

(8) Antoine Porot - Notes de psychiatrie musulmane - Annales medico-psychologiques, 1918, 74, 377-384.

(9) Antoine POROT et C. ARRII - L’impulsivité criminelle chez l’indigène algérien ; ses facteurs - Annales médico-psychologiques, 1932, 90 : 588-611.

(10) Antoine POROT et Jean SUTTER - Le primitivisme des indigènes nord-africains ; ses incidences en pathologie mentale - Sud médical et chirurgical, 15 avril 1939.

(11) Manuel alphabétique de psychiatrie, sous la direction d’Antoine POROT, Paris P.U.F. 1952.Indigènes Nord-Africains, Primitivisme, Noirs (Psychopathologie des), articles rédigés par Henri AUBIN.

(12)  Emile-Félix Gautier, Les siècles obscurs du Maghreb, éd. Payot 1937 - cité dans D’une rive à l’autre, de Gilles Manceron et Hassan Remaoun, éd Syros, 1993, page 45.

(13) Ernest MERCIER,  La question indigène en Algérie au commencement du XXe siècle l’Harmattan.

(14) Ernest MERCIER, op cit.

(15) Ernest MERCIER, op cit.

(16) Ernest MERCIER, op cit.

(17) Guy de Maupassant, revue Gil Blas, 11 décembre 1883

(18) Victor Hugo, dans les "Orientales.

(19) Denise JODELER, op cité



[1] Plus généralement, son emploi dans le domaine des sciences sociales et historiques a longtemps eu (et a parfois encore) en français une connotation péjorative liée à l'évolution sémantique qu'il connut durant la période coloniale. Familièrement un indigène désignait « un individu non civilisé » ou « qui n'était pas citoyen à part entière de la nation » (voir à ce sujet statut de l'indigénat.

(*) L'anthropologie, née des conquêtes coloniales et de l'étude des peuples qu'elle appellera trop longtemps primitifs, recherche des traces de l'évolution de l'homme (comme espèce dans le cas de l'anthropologie physique et de l'évolution des sociétés dans celui de l'anthropologie sociale.

(*) Articles publiés par patrick.fermi.free.fr/esquis...sur site internet avec l’accord de Patrick CLERVOY, chef du service de psychiatrie de l’Hôpital Sainte-Anne de Toulon.

(**)Le Primitivisme est rapporté aux « peuplades inférieures », s’opposant à la « mentalité civilisée ».

(*) Cette idée renforce les aprioris émis par A. POROT, autour des notions de "fatalisme", "puérilisme mental", "immodération", "suggestibilité"